Angela Merkel et Mark Rutte optent pour la consigne, la Belgique n’avance pas

Angela Merkel et Mark Rutte optent pour la consigne, la Belgique n’avance pas

Les Pays-Bas et l'Allemagne ont décidé le mois dernier d'étendre considérablement leurs systèmes de consigne. Ainsi, le contraste avec la Belgique devient encore plus frappant.

25 février 2021 Suze Govers

(Photo : Wikimedia Commons)

Cet avis a également été publié par Knack la semaine dernière, « Les Pays-Bas et l’Allemagne optent pour la consigne : le contraste avec la Belgique s’accentue ».

Le gouvernement de Mark Rutte a décidé la semaine dernière qu’une consigne sur les canettes serait introduite dès l’année prochaine. Pour les bouteilles en plastique, elle entrera déjà en vigueur dans les cinq mois. Une semaine auparavant, le gouvernement d’Angela Merkel avait étendu la consigne allemande à toutes les bouteilles et canettes en plastique, y compris les jus de fruits, le vin et les produits laitiers. En conséquence, le contraste avec la Belgique s’accentue. En Belgique, il n’y a une consigne que sur quelques bouteilles de bière en verre. Aucun supermarché ou consommateur ne s’en plaint, d’ailleurs. La bouteille de bière en verre, notre fierté nationale, ne finit pratiquement jamais sur le bord des routes grâce à la consigne.

La course européenne vers la consigne

Les Pays-Bas et l’Allemagne se joignent à une course européenne, neuf pays ayant déjà décidé d’introduire ou d’étendre la consigne au cours des cinq dernières années.

Aux Pays-Bas, Rijkswaterstaat, le secrétaire d’État néerlandais aux infrastructures et à la gestion des eaux a également prouvé la semaine dernière que l’on peut parfaitement décider d’introduire une consigne pendant la durée d’une seule législature. La consigne n’était pas prévu dans l’accord de coalition du VVD, D66, CDA et ChristenUnie est entrée en fonction il y a quatre ans. Mais la pression de la société, par le biais de la l’Alliance pour la Consigne, est devenue forte. De plus, le volume des déchets sauvages a augmenté. Le cabinet Rutte III a donc pris la décision d’introduire la consigne. À propos, il ne s’agit pas d’une coalition particulièrement progressiste ou écolo. Il est composé de deux partis libéraux, le VVD et le D66, et de deux chrétiens-démocrates, le CDA et ChristenUnie. Le CDA est d’ailleurs nettement plus libéral sur les questions économiques que son homologue flamand CD&V.

En Belgique, la montagne de déchets continue de croître

Bruxelles, la Wallonie et le gouvernement fédéral prévoient l’introduction d’une consigne dans leurs accords de coalition pour cette législature. CD&V a proposé l’introduction d’une consigne au gouvernement flamand en 2018. Toutefois, le gouvernement Bourgeois a choisi de ne pas suivre le modèle nordique de consigne et a proposé une « alternative » : le Afvalplan, qui était une mesure d’urgence pour éviter la consigne en mettant en place des objectifs de recyclage supplémentaires et une politique de lutte contre les déchets sauvages.

Les chiffres révélés dans le rapport de l’OVAM en décembre sont dramatiques. 22 641 tonnes de déchets sauvages en 2019. Le gouvernement flamand avait promis de réduire les déchets sauvages de 20 % d’ici 2022 par rapport à 2013. Mais il y avait donc 29,4 % de déchets sauvages en plus en 2019 qu’en 2013. L’OVAM a modifié l’année de référence de 2013 à 2015 en juin 2020. Comme il y avait plus de déchets sauvages cette année-là qu’en 2013, cela rend l’objectif moins ambitieux. Mais même si nous utilisons l’année de référence 2015, qui a été modifiée, l’augmentation reste de 9,8 %, alors que les déchets sauvages devaient être réduits de 20 % d’ici 2022. Même le nouvel objectif reste totalement irréalisable sans consigne. Des décennies de « campagnes de sensibilisation » et de sanctions financières plus élevées ne donnent pas de résultats. Qu’attend le gouvernement flamand, pour tirer la seule conclusion logique des déchets sauvages croissants, comme l’a fait le gouvernement néerlandais ?

Pays-Bas-Belgique : 2-0

Le contraste avec l’esprit de décision politique allemand et néerlandais est frappant. En 2018, Rutte III a stipulé pour les petites bouteilles en plastique que la consigne serait mise en place quoi qu’il advienne, si les entreprises n’atteignaient pas une réduction de 70 % de ces emballages parmi les déchets sauvages. La secrétaire d’État Stientje van Veldhoven préparait en parallèle les projets de loi. Cela pour permettre au gouvernement de mettre le décret sur la consigne en vigueur immédiatement en cas de mauvais résultats du monitoring. Et c’est ce qu’elle a fait, le 24 avril 2020 pour les petites bouteilles en plastique. Plus tard, le même accord a été conclu pour les canettes.

En conséquence, la semaine dernière, le cabinet a décidé d’instaurer une consigne pour les canettes également. Notez que le gouvernement était tombé le 15 janvier à cause de l’affaire des Toeslagen et la pandémie était très active. Mais le cabinet Rutte a tout de même tiré les conclusions qui s’imposaient des chiffres des déchets sauvages et a publié le décret sur la consigne. Un bel exemple de bonne gouvernance. Bouteilles et canettes en plastique, deux décrets de consigne : 2-0.

Le président de CD&V, Joachim Coens, a soutenu à juste titre dans le Knack du 20 janvier que la consigne contribuerait à lutter contre les déchets sauvages. Il a plaidé pour que l’on suive l’exemple néerlandais quelques heures après la décision sur l’introduction de la consigne néerlandaise. « La consigne sur les canettes est un fait aux Pays-Bas. Une bonne chose, espérons que nous suivrons aussi bientôt. Les déchets sauvages sont en forte augmentation. Le soutien pour la consigne est élevé, 158 municipalités ont rejoint l’Alliance pour la consigne ».

Le lobby des supermarchés ou la demande de 8 Belges sur 10

Aux Pays-Bas, les supermarchés, en particulier, étaient toujours contre la consigne. La fédération européenne des principaux producteurs de boissons, UNESDA a déclaré en septembre qu’elle était désormais favorable à la consigne. Les arguments des supermarchés ne sont par ailleurs pas clairs. Les lobbys de l’industrie de l’emballage, Comeos et Fost Plus, ont affirmé que la consigne est « très coûteuse », mais l’OVAM a réalisé une étude pour le gouvernement flamand et a conclu que ce n’est pas du tout le cas et qu’il s’agit plutôt d’une opération neutre en termes de coûts, et que les municipalités économisent sur le coût du nettoyage des déchets sauvages. Ils « oublient » également d’ajouter que la consigne sur les bouteilles de bière fonctionne sans problème depuis des décennies. Les « problèmes » ne sont donc pas aussi importants qu’ils le prétendent.

Le gouvernement flamand est confronté à la question de savoir ce qu’il considère comme plus important. Il a le choix entre deux options:

Soit il s’incline devant le pouvoir des supermarchés et de Fost Plus et n’introduit pas de consigne. La situation reste alors telle quelle : des années à nager à contre courant et à dépenser de plus en plus d’argent des contribuables pour nettoyer les canettes et les bouteilles – qui reviennent sans cesse dans la nature.

Soit le gouvernement flamand suit la demande de 8 Flamands sur 10, des organisations d’agriculteurs, des organisations environnementales, de Test Achat, d’Ecover, de près de 200 villes et communes flamandes et des 1 115 partenaires de l’Alliance pour la Consigne et introduit la consigne. Alors nos rues deviendront plus propres, la nature plus saine et notre économie plus circulaire, cela au sein de cette même législature. Cela tout comme aux Pays-Bas et en Allemagne.

Pour que la Belgique ne soit plus seule en Europe. Avec sa bouteille de bière.